L'aube du 4 juillet 926
Le siècle de fer avait fini par trouver le vallon. Les cavaliers hongrois déferlaient alors sur l'Europe comme jadis les Huns, et l'Alsace était sur leur route ; la tradition veut qu'un seigneur du pays, un Liutfried que les chroniqueurs parent d'un titre ducal que l'Alsace d'alors ne connaissait plus, ait tenté de leur barrer le passage et péri à Huningue. L'abbaye brûla, et la fonction abbatiale resta vacante une trentaine d'années : le vivier des pèlerins semblait mort.
Il ne l'était pas. La reconstruction vient d'une femme : l'impératrice Adélaïde de Bourgogne — l'amie des abbés de Cluny, qui feront d'elle une sainte —, dont les dons relèvent les murs. En 955, la victoire d'Otton Ier au Lechfeld brise définitivement la menace hongroise. Et le 27 avril 977, à la demande de l'impératrice Théophanu, la princesse byzantine devenue souveraine d'Occident, l'empereur Otton II confirme à Murbach toutes ses possessions et tous ses privilèges. L'abbaye est de retour, adossée désormais aux plus grands noms de l'Empire.